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Le Mahseer tire fort... nous l'avons pêché.

En mars au sud du Deccan il fait un trés beau temps,c'est la saison séche.Ce beau temps souhaité devient vite un enfer pour l'européen habitué a des températures plus basses.A la chaleur moite de Bombay succède celle plus saine des plateaux de Bangalore.Le soleil implacable nous suit jusqu'au fond de la vallée de la rivière Cauvery,ou nous vivrons pendant une semaine dans une véritable fournaise.
Nous sommes agréablement surpris par la campagne, par le contraste saisissant entre la population rurale et celle des grands centres urbains. Tout est plus gai hors des villes: les gens, les paysages trés variés, les animaux, avec l'inévitable cliché des vaches sacrées, domestiquées ou en semi-liberté qui arborent leurs cornes peintes en bleu comme pour confirmer leur condition privilégiée.
Notre minibus traverse des villages grouillants de gens et d' animaux
en se frayant un chemin à grands coups de klaxon.Après quelques heures de route, nous arrivons en vue de la vallée de la Cauvery, immense faille sur un plateau aride. Seuls quelques bouquets d'arbustes encore verts égayent des étendues de rocs et de terre rouge.
Voici Sangam, petit village au bord de la rivière: la fabuleuse Cauvery.Nous y rencontrons l'un de nos guides, Arthur Steel, d'origines écossaises,mais indien de naissance et de coeur. Arthur est garde du parc naturel dans lequel nous entrons. C'est l'Afrique!
Piste cahoteuse,grappes de petits singes dans les arbres, arbustes épineux cassés et pelés par les élephants, crottins de pachydermes en abondance aux abords de la piste. Ou sont les tigres mangeurs d'hommes,et les terribles cobras ?
On pourrait imaginer Jim Corbett à l'affut dans un manguier.......
mais l'exotisme ne doit pas nous pousser au délire.Revenons prés de la rivière,près des mahseers.
Camp de toile sous d'immenses arbres,quinze guides et cuisiniers pour neuf pêcheurs. Petite plage juste devant le camp,plus de cinquante singes dans les arbres abritant nos tentes. Deux troupeaux d'éléphants dans un rayon de dix kilomètres. Une rivière au cours torrentueux parsemé de pools profonds, une eau a 28°,une température de 50° et plus au soleil...
Voici en quelques lignes le décor et l'atmosphère.Bonjour la soif!
salut les peaux rouges! merci au casque colonial,vive l'armée des Indes.
Notre ami Jean prend le premier mahseer à la plombée, devant le camp,
un poisson de 7/8 livres,qui se bat bien contre un robuste 40/100 et un pêcheur expérimenté.Le guide a confectionné des boules comestibles avec de la farine d' assa-foetidia ( arbre local )
Aprés quelques éssais à l'appat, nous pêchons au lancer, a la cuiller ou au poisson nageur. Moucheur impénitent, Charles s' acharne pendant deux jours dans les courants sans décider le moidre mahseer a sortir des blocs de rochers.
Le jovial et sympathique docteur Bauguil tient un monstre invisible pendant plus d'un quart d'heure,puis le poisson se cale derrière un rocher et se décroche. Nous sommes sur Mosseli Halla: le pool du crocodile, l'un des meilleurs du secteur ou nous pêcherons la plupart des mahseers. Le plus gros reviendra au docteur Bobo (50 livres), suivi par Gerard Cittadini (40 livres) etc...
Il y a des attaques terribles. Dés l'attaque, le mahseer démarre a toute vitesse, sa puissance extraordinaire interdit tout arrêt, tout blocage.Il faut donner du fil en le suivant si cela est possible,sur les rochers glissants et coupants. Ce poisson résistant cerche son salut derrière les énormes blocs de granit ou il se réfugie après sa fuite rapide. Les trés gros poissons ne sont pas faciles a sortir car, au cours du combat, ils se calent et demeurent ainsi immobiles durant plusieurs minutes, parfois plus.Ensuite l'issue du combat dépend de la trajectoire du poisson dans les rochers et de celle du fil. Bien souvent la "casse" devient inévitable.
Jean Claude, nageur émérite, réussit plusieurs prises en allant a la nage, décaler ses adversaires au fond de la rivière. Courage ou inconscience lorsqu'on pêche le pool du crocodile ?
Combien de doigts blessés par la manivelle du moulinet lors d'une attaque de mahseer? On ne se souvient que des blessures graves, celle de Charles a l'index,celle d'Arthur Steel à la main, piqué par un hameçon triple 2/0. Une opération au "Laguiole" avec de l'eau comme désinfectant permit d'extraire, non sans peine ni douleur ce gros hameçon qui venait de claver la gueule d'un mahseer quelques instants plus tôt. En décrochant un gros poisson sans pince adéquate,on prend toujours le risque de se retrouver entre les mains d'un chirurgien.
Tous les poissons pris sont réanimés et relâchés. Les populations de mahseers en Inde régressent a cause du braconnage à l'explosif et au filet. Hormis les mahseers, nous pêchons quelques lottes et des cyprins ressemblant à la brême, qui mordent bien à la mouche et a la cuiller.
Les moments forts de cette expédition, outre la découverte de l'Inde profonde, furent les prises de gros mahseers mais aussi les veillées autour du feu en écoutant les barrissements d'éléphants. Deux troupeaux vinrent boire à la rivière à 150m de nous, et le jour de notre départ, une charge d'éléphants aurait pu devenir dramatique sans les conseils d'Arthur Steel, un garde exceptionnel à qui nous devons, ainsi qu'à Joel Allain, la réussite d'une expédition inoubliable.

En hommage a mon ami Paul Boyer


Novembre 1985



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